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Samedi dernier, à Lille, le Parti socialiste présentait, dans le cadre de son « Forum des idées », 41 propositions pour une nouvelle société urbaine. Avec l’objectif d’esquisser la
ville du XXIème siècle.
Le même jour, à Montreuil, « les Entretiens de Montreuil» (un cycle de débats « pour le changement ») posaient cette question : « Montreuil, une ambition dans la ville monde ? ».
Un sujet commun
Le propos devrait être commun car il est de toute première importance. Quand le logement social est en souffrance, c'est notre modèle de société qui est en souffrance, et le repli sur soi qui s’étend. Avec l’éducation, c'est sans nul doute l'un des chantiers prioritaires pour qui veut « changer la vie ».
Mais bien au-delà, il y a cette exigence d’une réflexion articulée sur l’urbanisme de demain, qui doit transformer nos villes et en façonner de nouvelles, et qui demeure un élément essentiel du vivre ensemble.
La population mondiale vit désormais majoritairement en ville. Or nous constatons que sans réflexion approfondie, tout nouveau mur
peut manquer son rôle de soutien de vie, et rejoindre les nombreux murs de cloisonnement existants. Ceux des « ghettos » en formation qui enferment leurs résidents. Un monde de frontières
physiques et mentales. Les politiques classiques dites « de la ville » doivent être dépassées.
Comment éviter, notamment dans les grandes métropoles, que le centre ne devienne une ville-musée et le lieu d’habitation des multimilliardaires, chassant les classes moyennes et populaires, tandis que les sièges de sociétés en première couronne repoussent par effet domino les plus fragiles de nos concitoyens en deuxième et troisième cercle ? Le défi social est immense et le défi culturel tout autant.
Sachons écouter le philosophe et écrivain martiniquais Edouard Glissant lorsqu’il dit : « La créolisation, c’est un métissage d'arts, ou de langages qui produit de l’inattendu. C'est une façon de se transformer de façon continue sans se perdre. C'est un espace où la dispersion permet de se rassembler, où les chocs de culture, la disharmonie, le désordre, l'interférence deviennent créateurs. C'est la création d'une culture ouverte et inextricable, qui bouscule l’uniformisation par les grandes centrales médiatiques et artistiques ».
Parce que la vie se transforme de façon continue, la ville doit se transformer de même. Et l’objectif final doit être de se rassembler pour un mieux vivre ensemble respectueux et enrichissant pour tous.
Pour le PS : une approche pragmatique et programmatique
Au Forum de Lille, Martine Aubry a prôné « des villes plus compactes ». C’est le contraire du « rêve américain », petites maisons et petits jardins s’étendant sur les terres arables et multipliant les autoroutes menant aux supermarchés, modèles dont la France s’est inspirée.
Présent à Lille, Patrick Doutreligne, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, insistait sur un point majeur : « Si on ne s’attaque pas au manque de logements, tout le reste sera un colmatage sur des fuites d’eau ». Pour parvenir à cette densité partagée et humaine, deux propositions qui visent les zones urbaines existantes : « Les communes seraient tenues de construire 25 % et non plus 20 % de logements sociaux, dont 15 % de « très sociaux » pour éviter que les maires ne bâtissent que le haut de gamme des HLM ». Le montant des amendes aux contrevenants serait multiplié par cinq.
Il s’agit en effet de ne pas fuir le débat et de se confronter à la situation réelle. Avec le terrain actuel qu’il faudra remodeler patiemment… mais avec une vision de long terme. D’où la volonté d’une France « à 20 minutes », pour garantir aux habitants de disposer de services publics de proximité, et l’engagement d’une action particulière pour les banlieues où des moyens exceptionnels seraient donnés pour 100 quartiers.
Pour les Verts de Montreuil : une somme de points d’interrogation
Pour commencer un intitulé étonnant : « Montreuil, une ambition dans la ville monde ? ».
Un titre un peu compliqué dans son sens, et pompeux dans sa forme, emphase qui n’est guère modérée par le point d’interrogation.
D’ailleurs la forme interrogative domine pesamment – dans des phrases générales et ampoulées – dans le document remis aux participants (seulement une petite centaine dont un tiers d’élus et de membres du cabinet de la maire, tous « s’excusant » d’être absents du pavé parisien rassemblant les manifestants dans la mobilisation contre la réforme des retraites).
Ainsi : « Montreuil est devenue un véritable carrefour : "ville refuge", "ville culture", "ville invention"... cette situation est-elle un moment provisoire de transition vers la banalisation observée sur le reste du pourtour parisien ? ».
C’est effectivement peu banal de considérer Montreuil comme le seul exemple du ferment vivifiant qui s’exprime dans les « banlieues ». Saint-Denis, Aubervilliers, Bagnolet, Créteil, Ivry ou Vitry apprécieront cette persistance, car voici le retour d’un Montreuil qui se croit unique.
Dominique Voynet n’avait-elle pas dénoncé par le passé cette arrogance à voir notre ville comme la citadelle rêvée, plongée dans une magnifique et hautaine autarcie ?
Une autre phrase : « Par capillarité dans la nouvelle communauté d’agglomération Est Ensemble, cette "nouvelle pratique de
la ville" (NDR : par ces guillemets le texte veut mettre en valeur la gestion actuelle de la majorité municipale !) peut-elle s’étendre au point de produire à une certaine échelle une
identité et une fonction spécifiques repérées dans la métropole francilienne ? ». Le clou est donc enfoncé avec
une prétention peu commune : Montreuil est déjà le soleil des banlieues. Une nouvelle révolution copernicienne a eu lieu, et il semblerait que personne n’ait encore repéré ce nouveau
centre de gravité…
Et pour finir – pardonnez la longueur, mais ce qui suit ne nous prépare ni plus ni moins qu’à de nouvelles institutions – cette
dernière phrase toujours extraite du livret présentant le cycle de débats (on mesure qu’il en faudra un certain nombre) : « Quelles institutions, nouvelles ou rénovées, contribuent-elles en
continu à la négociation, à la formation et à l’application de cette vision consensuelle de l’avenir ? »
Ce résumé à lui seul montre l’ampleur du chantier… Ou la démesure du propos. Préparons-nous à une longue marche !
Probablement consciente de l’immensité de la tâche proposée, en ouverture des débats Dominique Voynet a proposé un premier horizon plus accessible, mais dont l’approche tactique et de communication n’a échappé à personne : « nous devons sortir le nez du quotidien, prendre du recul sur notre propre pilotage du changement et proposer un peu de discours neuf pour toute la gauche et en premier lieu pour les Verts pour les prochaines échéances électorales. En 2012, il faut inventer ».
Belle ambition de fournir une doctrine à « toute la gauche », mais est-il besoin de s’affirmer ainsi comme seul novateur sur un sujet aussi complexe et travaillé depuis longtemps par tant de personnes, notamment par les chercheurs. Que motive au fond ce besoin d’un label de Grand Leader ?
Dominique Voynet a mis en garde contre la vision réductrice de s’en tenir « à la capacité de capter les back-office des grandes entreprises » comme acte différenciant des autres grandes métropoles car « la qualité de la vie, la tranquillité publique et la cohésion sont des atouts tout aussi essentiels ». Lapalissade élégante...
Dominique Voynet ne s’arrête pas en si bon chemin, proposant aussi de rêver plus ample encore car il s’agirait de « dépasser la situation actuelle de cohabitations sans tensions, avec des regards croisés sympathiques d’autant plus évidents que les personnes de culture et de niveau social différents ne sont jamais dans les mêmes lieux aux mêmes moments ». Une vision immédiatement contrariée dans le débat par un expert présent à la tribune, pour qui cette « cohabitation sans tensions » apparaissait déjà comme une situation au fort intérêt, car respectueuse des formes de vie différentes qu’il ne s’agirait pas de brusquer par des mixités forcées.
Au final, ce premier entretien « Montreuil, une ambition dans la ville monde ? » laisse assez dubitatif et quelque peu inquiet.
Est-ce que Montreuil veut s’ouvrir sur la planète ou serions-nous déjà, à l’insu de notre plein gré, sur la planète Montreuil ? Mais alors, laquelle ?
Evidemment, il ne s’agit pas d’abonder dans le sens de la première question venue du public : « la prochaine fois, il faudra faire… dans le moins intellectuel ». Le besoin de sens et de prospective, de Lille à Montreuil, est en effet une démarche nécessaire à toute action politique.
Mais il reste que les politiques ne doivent jamais s’éloigner des situations présentes, même si elles relèvent « bassement » du
quotidien : le terrain d’action sur lequel ils sont légitimement attendus. Ils doivent s’interroger pour agir… mais pour agir vraiment.
Sans oublier que la créolisation est le résultat d’une dynamique, et ne naît pas suite à des ruptures imaginées lors d’après-midi aux
rêves éveillés… de grands soirs pour des lendemains qui chantent. Des lendemains lointains, lointains…
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