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Lors du conseil municipal du 10 février dernier, une délibération portait sur la coopération avec le Cercle
de Yélimané, au Mali.
La coopération de Montreuil avec les villages du Cercle de Yélimané est ancienne. Elle a ceci de particulier qu’elle a été très tôt portée avec détermination par la communauté malienne installée à Montreuil. Des associations se sont créées, des partenariats se sont noués.
Lorsque la loi a permis des possibilités accrues de coopération entre des collectivités locales françaises et étrangères, nombreuses ont été les villes de gauche à déployer des actions de solidarité avec les pays en développement. Montreuil n’a pas échappé à la tendance. On est passé progressivement d’un jumelage assez traditionnel à un ambitieux programme de coopération et d’aide au développement.
Le Cercle de Yélimané possède plusieurs caractéristiques. La région de Kayes (d’où sont originaires beaucoup de Maliens de Montreuil et où se situe le Cercle) est une zone de forte émigration, notamment vers la France (mais aussi vers l’Afrique, et principalement vers le Sénégal). L’agriculture y est difficile, les fortes sécheresses succédant aux pluies importantes. La maîtrise de l’eau y est un enjeu crucial. Enfin, ces dernières années, c’est une zone devenue complexe en termes de sécurité (menaces d’Al-Qaeda au Maghreb islamique – AQMI sur la sécurité des expatriés).
Le Mali est un pays pauvre. Le Cercle de Yélimané est une zone encore plus pauvre et très enclavée. Aussi, la coopération avec la Ville de Montreuil a-t-elle toujours été essentielle pour son développement.
On se souvient que pendant les élections municipales de 2008, Montreuil a dû être l’une des rares villes de France (si ce n’est la seule !) où les candidats ont été sommés de se positionner sur « l’action internationale » de la ville.
Dominique Voynet s’était d’ailleurs engagée à ne pas réduire la coopération avec le Cercle de Yélimané. Voulant aller « encore plus loin » que son prédécesseur, elle avait même (imprudemment ?) promis de porter à 1% du budget de la ville, l’effort que consacrerait Montreuil à la solidarité avec les pays du Sud.
Notre surprise fut donc grande en découvrant par cette délibération en Conseil municipal, que c’est une logique inverse qui était en train de se mettre en place.
La réorganisation du service des échanges internationaux de la ville de Montreuil a abouti à des suppressions de postes. Parmi les postes supprimés figure celui du « correspondant de la ville de Montreuil à Yélimané ». Montreuil avait en effet décidé depuis plusieurs années d’expatrier l’un de ses agents, afin de superviser l’ensemble des dossiers de coopération avec le Cercle de Yélimané. Au vu des sommes engagées par la ville de Montreuil dans ces projets de coopération, il était l’œil, l’oreille et la voix de notre ville dans le Cercle. Il avait des compétences techniques poussées qui étaient très appréciées des élus et des associations maliennes. Enfin, il s’assurait que l’ensemble des conditions imposées par les bailleurs internationaux que la ville de Montreuil avait réussi à mobiliser (Union européenne, Ministère des Affaires étrangères, fondations privées…) étaient respectées.
En supprimant ce poste, Montreuil se prive donc (et prive les Maliens de Yélimané) d’un appui important, d’un relai et d’un moteur pour cette coopération ancienne.
Solution alternative proposée par la majorité municipale : recourir à l’embauche d’un agent local malien, pour remplir désormais ce rôle de relais technique de la ville. Cette solution présente plusieurs avantages. Elle favorise l’emploi local et met en avant les compétences présentes sur le Cercle. C’est d’ailleurs une pratique déjà ancienne pour de nombreuses collectivités territoriales engagées dans la coopération. En ces temps de menaces d’AQMI, cela permet également d’éviter de faire courir des risques à un agent municipal expatrié. Tout cela peut s’entendre.
Double peine. La suppression du poste d’expatrié permet à la ville d’économiser entre 25 et 30.000 euros à l’année sur son budget général (salaire et frais divers). Ce qui, en période de « rationalisation des dépenses municipales » (pour reprendre l’expression de la maire), n’est pas chose surprenante de la part de la majorité municipale.
On aurait pu penser toutefois que, grâce à l’économie qui sera ainsi réalisée, la ville aurait pu assumer seule le financement du poste de l’agent local qu’elle va recruter en remplacement (estimé à 15.000 euros maximum en année pleine). Une telle décision aurait quand même permis à la ville de réaliser encore entre 10 et 15.000 euros d’économies nouvelles chaque année.
Mais c’était sans compter sur les surprises que la maire de Montreuil est toujours prête à nous réserver !
En effet, au lieu d’opter pour cette solution « juste et solidaire », la ville a choisi de taper dans la caisse qui est normalement destinée à financer les projets de solidarité dans le Cercle de Yélimané.
En plus de la suppression du poste, elle ampute son aide au développement de 15.000 euros, pour pouvoir payer son futur correspondant local à Yélimané. Ce sont donc 15.000 euros de moins qui n’iront plus financer les projets des associations de femmes et de jeunes, le maraîchage, la santé, l’éducation, le micro-crédit, l’aide à l’entrepreneuriat, la formation des élus…
Combien coûte l’organisation des « Entretiens de Montreuil », ces colloques confidentiels au public clairsemé et militant, qui sont destinés à montrer que la maire de Montreuil a un peu d’entregent ? Combien ont coûté les abris « véli-velos » qui suscitent un tel engouement qu’ils ont déjà été dégradés à plusieurs reprises ? Combien coûtent les prestations des multiples cabinets de conseil recrutés depuis 3 ans pour aider – sans succès – la municipalité à faire de la démocratie locale ?
Voilà en tous les cas une décision qui n’honore pas la municipalité et qui révèle, pour tout dire, une forte proportion à la radinerie. Mais surtout, une étrange conception de la solidarité Nord/Sud.
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